À l'aube de l'automne, les premiers glands de chêne commencent à tomber au sol. Voyant cela, les écureuils arrivent et s’activent. Si vous les observez, vous ne les verrez probablement pas s’en nourrir sur-le-champ, trop obsédés qu’ils sont à les ramasser et à les transporter partout pour constituer leurs réserves. Certaines cachettes seront retrouvées plus tard et dévorées, mais d’autres seront oubliées… ce qui laissera la chance aux glands laissés pour compte de germer et de devenir plus tard de grands chênes.
Et voilà qu’en lisant ceci, il vous prend l’envie d’imiter l’écureuil… Planter un chêne, bonne idée! Mais quel chêne choisir? lls peuvent apparaître assez semblables, mais leur rusticité, et leurs préférences en matière de sol et d’humidité peuvent être bien différentes. Avant de planter un chêne qui pourrait un jour devenir l’un des plus grands arbres de votre terrain, mieux vaut choisir une espèce bien adaptée à l’espace dont vous disposez et aux conditions qui s’y trouvent. Alors chêne rouge, chêne blanc, chêne à gros fruits, chêne bicolore… ? Voici comment faire le bon choix parmi les différentes espèces de chênes.

Les principaux critères pour choisir un chêne
L'espace et l'ensoleillement
Il est vrai que les chênes présentent des similitudes. C’est indéniable : ce sont, pour la plupart, des arbres à grand déploiement. Le chêne des marais est celui dont la taille à maturité est la moins grande, avec une hauteur estimée d’environ 20 mètres. Par ailleurs, tous les chênes préfèrent les sites ensoleillés.
Donc, assurez-vous d'avoir un grand espace, au plein soleil. Si vous ne pouvez leur offrir suffisamment d’ensoleillement et d’espace, il vaut mieux choisir une autre espèce. Pour le reste, il vous faudra considérer la zone de rusticité de votre région et les conditions de sol de votre site.
La zone de rusticité de votre région
Pour planter un chêne, vous devez être situés en zone 2 et plus. En zone 2, un seul chêne peut survivre aux conditions climatiques : le chêne à gros fruits. Particulièrement rustique, il constitue donc le choix à privilégier dans les régions où les hivers sont les plus rigoureux.
À partir de la zone 3, le chêne rouge s’ajoute aux possibilités. En zone 4, le choix devient beaucoup plus vaste avec le chêne bicolore, le chêne blanc, le chêne des marais et le chêne noir. Enfin, le chêne pédonculé, rustique en zone 5, convient davantage aux régions où les hivers sont plus doux.

Photo: Feuilles de chêne blanc. Ce chêne est rustique à partir de la zone 4.
La zone rusticité constitue donc un critère simple pour éliminer les espèces qui ne sont pas adaptées à votre région. Une fois ce choix effectué, il reste à déterminer lesquelles correspondent le mieux au sol, au drainage et à l’espace disponible sur votre terrain.
L’humidité du sol et le drainage
La plupart des chênes peuvent s’adapter à différentes textures de sol (argileux, loameux, sableux). Pour choisir entre les espèces, il est donc souvent plus utile de s’intéresser à l’humidité du sol et à son drainage.
Votre terrain devient-il très sec en été? Le sol demeure-t-il humide sans pour autant être détrempé? L’eau s’accumule-t-elle après une forte pluie ou à la fonte des neiges? Certaines espèces, comme le chêne rouge, le chêne blanc et le chêne noir, préfèrent les sols bien drainés, tandis que le chêne bicolore et le chêne des marais sont beaucoup mieux adaptés aux sols humides et aux secteurs où le drainage est imparfait. Le chêne à gros fruits se démarque quant à lui par sa capacité à s’adapter à une gamme particulièrement large de conditions.

À savoir sur le chêne des marais
Le chêne des marais présente toutefois une exigence supplémentaire à considérer : il préfère les sols acides et tolère mal les sols alcalins. Lorsque le pH est trop élevé, le fer présent dans le sol devient moins disponible pour l’arbre, ce qui peut provoquer une chlorose ferrique, reconnaissable notamment au jaunissement des feuilles alors que leurs nervures demeurent plus vertes. Dans les sols calcaires ou alcalins, il est donc préférable de choisir une autre espèce de chêne.
Quels chênes poussent le plus rapidement?
Les chênes sont généralement reconnus pour leur croissance plutôt lente à modérée. Ce sont des arbres qui s’installent pour longtemps et dont le développement se fait progressivement au fil des années. Certaines espèces se démarquent toutefois par une croissance plus rapide, comme le chêne rouge et le chêne des marais. Ils figurent parmi ceux qui peuvent croître le plus rapidement lorsque les conditions leur sont favorables. Ils constituent donc des choix intéressants lorsqu’on souhaite profiter un peu plus rapidement d’un arbre de bonnes dimensions.

Photo: Feuilles de chêne rouge en automne. Le chêne rouge peut croître de 30 à 60 cm par année.
Il faut toutefois garder en tête que la vitesse de croissance indiquée pour une espèce correspond à son potentiel dans de bonnes conditions de culture. Un chêne rouge planté dans un sol qui lui convient, bénéficiant d’un bon ensoleillement et de suffisamment d’eau pendant son établissement pourra exprimer beaucoup mieux son potentiel de croissance qu’un arbre installé dans des conditions difficiles.
Le choix de l’emplacement demeure donc essentiel. Un sol et un drainage adaptés à l’espèce, suffisamment de soleil, un espace adéquat pour les racines et un bon approvisionnement en eau durant les premières années favoriseront l’établissement de l’arbre et lui permettront d’atteindre une croissance optimale. À l’inverse, un sol mal adapté à l’espèce peut ralentir considérablement sa croissance.
Les chênes indigènes dans l'Est du Canada
Un choix qui soutient la biodiversité
Les chênes figurent parmi les arbres les plus importants pour la biodiversité. En Amérique du Nord, le genre Quercus arrive au premier rang des genres végétaux étudiés pour son importance dans les réseaux associant plantes hôtes et lépidoptères.
Cette richesse écologique est notamment liée aux relations qui se sont développées au fil de l’évolution entre les arbres et les organismes qui vivent avec eux dans leur aire naturelle. Ainsi, un chêne indigène fait partie d’un réseau d’interactions avec les insectes et, indirectement, avec les oiseaux et les autres animaux qui s’en nourrissent.
Au Québec, on trouve quatre espèces indigènes : le chêne rouge, le chêne à gros fruits, le chêne blanc et le chêne bicolore. Ce dernier revêt un intérêt particulier puisqu’il est désigné comme espèce indigène rare en situation de précarité sur le territoire québécois.
Répartition des espèces de chênes indigènes par province
| Espèce | ON | QC | NB | NS | PE |
|---|---|---|---|---|---|
| Chêne rouge | ✓ | ✓ | ✓ | ✓ | ✓ |
| Chêne à gros fruits | ✓ | ✓ | ✓ | ||
| Chêne blanc | ✓ | ✓ | |||
| Chêne bicolore | ✓ | ✓ | |||
| Chêne des marais | ✓ | ||||
| Chêne noir | ✓ | ||||
| Chêne pédonculé |
ON : Ontario | QC : Québec | NB : Nouveau-Brunswick | NS : Nouvelle-Écosse | PE : Île-du-Prince-Édouard. Les cases grises indiquent que l’espèce n’est pas indigène dans la province. Données de Canadensys.
Comment reconnaître les différents chênes indigènes ?
Si votre curiosité vous donne envie d'identifier un chêne se trouvant sur votre chemin, la page suivante vous aidera à Identifier les chênes du Québec.
De façon plus large:
1. Observez les lobes de la feuille : sont-ils pointus ou arrondis?
Lobes pointus
- Chêne rouge
- Chêne des marais
- Chêne noir
Lobes arrondis
- Chêne blanc
- Chêne bicolore
- Chêne à gros fruits
2. Observez ensuite quelques caractères distinctifs.
Parmi les feuilles à lobes arrondis, un dessous blanc argenté oriente vers le chêne bicolore, tandis qu’une très grande feuille à la forme irrégulière accompagnée d’un gland à cupule frangée indique le chêne à gros fruits.
Parmi les feuilles à lobes pointus, les découpures très profondes du chêne des marais permettent généralement de le distinguer assez facilement du chêne rouge.

FAQ sur le choix et la plantation des chênes
Est-ce qu’un chêne pousse rapidement? Combien de temps faut-il pour qu’un chêne devienne grand?
La plupart des chênes ont une croissance plutôt lente à modérée. Parmi les espèces de notre sélection, le chêne rouge et le chêne des marais figurent parmi les plus rapides lorsque les conditions leur sont favorables. Il faut toutefois plusieurs années avant qu’un jeune plant devienne un grand arbre. La croissance dépend beaucoup du sol, du drainage, de l’ensoleillement et de l’approvisionnement en eau, surtout pendant les premières années.
Peut-on planter un chêne près d’une maison?
Il faut prévoir suffisamment d’espace pour sa taille adulte. La plupart des chênes deviennent de grands arbres à large couronne. Il est donc préférable de les planter à bonne distance des fondations, des fils électriques et des autres structures afin qu’ils puissent se développer normalement sans nécessiter de tailles importantes.
Quel est le meilleur chêne pour un terrain humide?
Le chêne des marais et le chêne bicolore figurent parmi les meilleurs choix pour les sols frais à humides et les secteurs où le drainage est imparfait. Le chêne des marais convient particulièrement aux sols humides, mais il préfère un sol acide et peut souffrir de chlorose ferrique dans les sols alcalins ou calcaires.
Quel chêne choisir pour une région froide du Québec?
Le chêne à gros fruits est le plus rustique de notre sélection et peut convenir dès la zone 2. En zone 3, le chêne rouge devient également une possibilité. Les autres espèces de notre collection demandent généralement une zone 4 ou 5.
Est-ce que les chevreuils broutent les chênes?
Oui. Les jeunes chênes peuvent être broutés par les chevreuils, qui consomment les jeunes pousses, les bourgeons et les feuilles. Les jeunes troncs peuvent aussi être endommagés par le frottement des bois. Dans les secteurs où les chevreuils sont nombreux, il est recommandé de protéger les jeunes arbres pendant leurs premières années.
Nobles Chênes!
Majestueux ils sont, et grande est leur longévité. Pour beaucoup, le chêne revêt un caractère patrimonial particulier. Un chêne planté aujourd’hui prendra une ampleur qui procurera de l’ombre à ceux qui viendront, bien après celui qui l’a mis en terre. Les chênes occupent donc une place importante dans nos paysages et nos écosystèmes. Longtemps des générations successives d’êtres vivants profiteront de ressources et abri du chêne : champignons, lichens, insectes, oiseaux, et nombre de petits et grands mammifères.
L’écureuil sait-il tout cela? Sait-il qu'en disséminant ses récoltes de façon étourdie, il contribue à assurer le futur et le maintien de l'habitat de ceux qui viendront après lui? Peu importe, nous pouvons lui être reconnaissants pour cet important leg.

Article rédigé par Suzanne Simard rédactrice spécialisée en horticulture et diplômée comme technologue en horticulture et par Audrey Rondeau, Biol., M. Env. et Directrice production et développement, Pépinière Vert Forêt.
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