En observant les végétaux qui nous entourent, nous constatons à quel point certains peuvent être étonnamment résilients. En nature, des arbres s’enracinent sur des flancs rocheux où la couche de sol est presque inexistante. En ville, des plantes apparaissent dans les fissures d’un trottoir, colonisent des terrains pauvres ou perturbés, s’installent dans des milieux régulièrement inondés. Là où les conditions nous paraissent parfois peu propices à la vie végétale, certaines espèces ont réussi à s’adapter et à s’implanter.
Grâce aux outils, à la machinerie et aux matériaux à notre portée, notre premier réflexe est d’intervenir pour adapter le site aux végétaux que nous souhaitons y planter. Mais ce que notre position humaine nous fait percevoir comme un « site difficile » n'est pas nécessairement un mauvais emplacement pour tous les végétaux. Le secret consisterait donc moins à transformer complètement un site qu'à choisir des espèces naturellement capables de tolérer certaines contraintes spécifiques.
Identifions donc ensemble certaines des contraintes particulières de vos terrains et voyons quelles espèces d’arbres, d’arbustes et de vivaces peuvent être de bonnes candidates pour y être plantées.
Qu'est-ce qu'un site difficile?
Un site est considéré comme difficile lorsque certaines de ses caractéristiques limitent l’établissement ou la croissance de plusieurs végétaux. Ces contraintes peuvent être liées au sol, à l’eau, au climat ou encore aux activités humaines. Un même terrain peut présenter une seule de ces contraintes ou en cumuler plusieurs.
Les principales conditions difficiles que l’on peut rencontrer dans l’Est du Canada sont :
- Sol compacté : sol dense et peu aéré qui limite l’infiltration de l’eau et rend le développement des racines plus difficile;
- Sol pauvre : faible fertilité, peu de matière organique ou faible disponibilité des éléments nutritifs;
- Sol sec ou très drainant : sols sableux, graveleux ou rocheux, qui retiennent peu l’eau;
- Chaleur et sécheresse : plein soleil, périodes prolongées sans pluie, proximité de surfaces comme l’asphalte, le béton ou les pavés, et îlots de chaleur;
- Sels de déglaçage : accumulation de sels dans le sol ou exposition aux embruns salins en bordure des rues, des stationnements et des entrées;
- Pollution et poussière : particulièrement présentes à proximité des routes et dans certains milieux urbains;
- Conditions urbaines : espace racinaire limité, sols remaniés ou compactés, chaleur et perturbations fréquentes;
- Vents forts et forte exposition : dessèchement accru et exposition aux conditions climatiques plus rigoureuses.
Nous allons maintenant découvrir certains des végétaux reconnus pour leur capacité à composer avec certaines de ces conditions difficiles. Gardons toutefois en tête qu’une espèce qui tolère très bien une contrainte n’est pas nécessairement adaptée à toutes les autres. L’important est donc d’identifier les principales contraintes de votre terrain afin de choisir les végétaux qui leur correspondent le mieux.
Les végétaux pour les sols compactés
Un sol compacté est un sol dense et peu aéré, dans lequel les racines ont plus de difficulté à se développer. La compaction réduit les espaces entre les particules du sol, ce qui limite la circulation de l’air et de l’eau. Elle peut entre autres résulter du passage répété de machinerie, de véhicules ou de personnes, et constitue une contrainte fréquente dans les sols argileux, en milieux urbains et dans les terrains récemment aménagés.
Heureusement, certains végétaux s’accommodent mieux que d’autres de ces conditions. Parmi eux, on retrouve:
- le Chêne rouge;
- l'Érable rouge;
- le Févier d’Amérique;
- le Peuplier baumier,
- le Peuplier deltoïde;
- le Physocarpe à feuilles d’obier;
- le Sapin baumier,
- le Saule noir
- et le Cornouiller stolonifère.
Les végétaux pour les sols pauvres
Un sol pauvre est un sol qui contient peu de matière organique ou d’éléments nutritifs disponibles pour les végétaux. C’est souvent le cas de certains sols sableux, graveleux, rocheux ou très minces, ainsi que de terrains fortement perturbés où la couche de sol fertile a été retirée ou dégradée.

Les sols pauvres peuvent limiter la croissance de nombreux végétaux. Heureusement, certains d'entre eux sont naturellement capables de croître dans des sols peu fertiles. Parmi eux, on retrouve certaines espèces pionnières, qui peuvent coloniser rapidement des milieux perturbés où les conditions de croissance sont parfois difficiles. Le cerisier de Pennsylvanie en est un bon exemple.
D’autres plantes possèdent des adaptations encore plus particulières. Le chalef argenté, l’aulne crispé et l'aulne rugueux, par exemple, vivent en association avec des microorganismes capables de fixer l’azote atmosphérique. Cette relation leur permet de croître dans les sols pauvres en azote et de contribuer progressivement à leur enrichissement.
Plusieurs autres espèces indigènes constituent également de bons choix en sols pauvres:
- le Dierville chèvrefeuille;
- le Genévrier commun;
- le Pin gris;
- la Shépherdie du Canada;
- le Vinaigrier.
Parmi les espèces introduites, notons:
Les végétaux pour les sols secs ou tolérants à la sécheresse

Avec les changements climatiques, les périodes de chaleur et de sécheresse prolongées risquent de devenir plus fréquentes. Certaines espèces peuvent mieux supporter un manque d’eau une fois bien établies. Privilégier ces espèces permet de créer des aménagements plus résilients et de réduire les besoins en arrosage.
Quelques suggestions d’arbres et arbustes
- Cerisier de Pennsylvanie
- Févier d’Amérique
- Genévrier de Virginie
- Micocoulier occidental
- Olivier de Bohème
- Shépherdie du Canada
- Vinaigrier
Vivaces
- Échinacée pâle
- Penstémon hirsute
- Verge d'or à feuilles étroites
- Lavande officinale (espèce introduite dans les jardins)
Les végétaux adaptés aux conditions urbaines

Les milieux urbains cumulent souvent plusieurs contraintes : espace limité pour les racines, sols compactés ou remaniés, chaleur accentuée par les surfaces minérales, pollution et sels de rue. Les végétaux qui y sont plantés doivent donc faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. Certaines espèces particulièrement robustes réussissent à composer avec plusieurs de ces stress et constituent de bons choix pour les cours, les rues et les autres espaces urbanisés.
Arbres et arbustes qui tolèrent à la fois la pollution et les sels de déglaçage
- Chêne bicolore
- Chicot du Canada
- Épinette du Colorado
- Micocoulier occidental
- Olivier de Bohème
- Potentille frutescente.
Végétaux qui tolèrent bien les conditions urbaines et la chaleur
Un végétal tolérant ou résilient n’est pas un végétal invincible
Si vous choisissez un végétal adapté aux contraintes de votre terrain, vous augmentez considérablement ses chances de réussite et sa longévité. Mais même les espèces les plus résilientes ont leurs limites. Un arbre reconnu pour sa tolérance à la sécheresse, par exemple, aura tout de même besoin d’eau après sa plantation, le temps que ses racines se développent.
Les jeunes végétaux sont vulnérables durant la période d’établissement. Les premières années sont particulièrement importantes. Un arrosage adéquat, un paillis ou quelques soins simples peuvent alors faire toute la différence.
Peut-on améliorer un site difficile avant de planter?
Nous venons de le dire : même lorsqu’un végétal est bien adapté aux contraintes d’un site, quelques interventions peuvent faciliter son établissement. L’objectif n’est pas de transformer complètement le milieu, mais plutôt de réduire les contraintes les plus importantes, particulièrement durant les premières années suivant la plantation.
- Sol compacté : ameublissez le sol lorsque cela est possible et évitez ensuite le passage répété de personnes, de véhicules ou de machinerie autour des végétaux.
- Sol pauvre : l’ajout de matière organique peut être bénéfique dans certaines situations. Évitez toutefois de chercher à compenser systématiquement un sol pauvre par une fertilisation importante, particulièrement lorsque vous choisissez des espèces naturellement adaptées aux sols peu fertiles.
- Sol sec : appliquez un paillis pour réduire l’évaporation et conserver l’humidité du sol. Même les espèces reconnues pour leur tolérance à la sécheresse ont besoin d’un arrosage adéquat durant leur période d’établissement.
- Sels de déglaçage : lorsque cela est possible, éloignez les plantations des endroits directement exposés aux projections d’eau salée et à l’accumulation de neige chargée de sel. Un bon drainage favorise également le lessivage des sels accumulés dans le sol.
- Milieu urbain : prévoyez le plus grand volume de sol possible pour permettre aux racines de se développer. Limitez également la compaction et, lorsque vous le pouvez, éloignez les végétaux des surfaces qui accumulent et réfléchissent beaucoup de chaleur.
Travaillez avec les conditions du terrain plutôt que contre elles
Un suivi attentif, un arrosage adéquat et de bonnes pratiques de plantation demeurent donc essentiels. En choisissant des espèces adaptées aux conditions existantes plutôt qu’en cherchant à transformer complètement le milieu, vous mettez toutes les chances de votre côté pour créer un aménagement plus résilient et durable.
Choisir une espèce adaptée permet de travailler avec les conditions du terrain plutôt que de lutter constamment contre celles-ci.
Article rédigé par Suzanne Simard rédactrice spécialisée en horticulture et diplômée comme technologue en horticulture et par Audrey Rondeau, Biol., M. Env. et Directrice production et développement, Pépinière Vert Forêt; avec le soutien rédactionnel de l'IA.
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