Vivre en harmonie avec les chevreuils : un défi pour les jardiniers québécois
Les amoureux de la nature qui habitent à proximité de zones boisées au Québec connaissent bien le défi que représentent les chevreuils (Cerfs de Virginie) pour les activités de jardinage. Ils sont certainement un charmant élément de nos paysages, mais ces cervidés sont aussi de véritables gloutons lorsqu'il est question de jeunes végétaux récemment plantés et même pour des plantations plus établies. Ils peuvent en effet endommager des années de travail en une seule nuit. Cet enjeu d'importance est adressé par les instances gouvernementales du Québec à travers un Plan de gestion du cerf de Virginie amorcé en 2020.
La pression du Cerf de Virgine au Québec est si forte que plusieurs producteurs collègues se sont vus dans l’obligation de clôturer l’entièreté de leurs champs de production. Une mesure couteuse, mais nécessaire. On comprend qu'il peut être difficile pour le jardinier amateur de barricader l'entièreté de son jardin! Heureusement, il existe des solutions à mettre en place avant de devoir en arriver à cet extrême.
Dans cette optique, nous proposons dans cet article une sélection de végétaux résistants aux cerfs (ou moins intéressants pour eux), tous produits dans notre pépinière locale de la Montérégie. Nous évaluons aussi certains conseils pour tenir ces bêtes loin de nos jardins.
Dans cet article, vous découvrirez donc:
- Nos recommandations d'espèces d’arbres et d’arbustes résistants aux chevreuils : une sélection réfléchie de 5 arbres et 5 arbustes indigènes
- Des conseils pour éloigner les cerfs de votre aménagement paysager

5 Arbres de choix pour les zones à haute pression de broutage par les cerfs de virginie
Voici un choix de 5 arbres à privilégier lorsque l’on plante de jeunes spécimens dans des zones où la pression du broutage par les chevreuils est une problématique.
Il est important de préciser que tous les végétaux recommandés ici ne sont pas des choix totalement 100% anti-chevreuils. En période de forte pression, lorsque les cerfs ont très faim et lorsque les ressources sont peu abondantes (peu de choix de végétaux appétissants), les chevreuils vont se rabattre sur tout ce qu’ils trouvent. Les jeunes plants, peu importe de quelle espèce, seront particulièrement ciblés.
1. Les Amélanchiers
Les cerfs de Virginie broutent généralement peu les amélanchiers, surtout comparativement à d’autres feuillus, pour une combinaison de raisons chimiques, physiques et comportementales.
Les feuilles et jeunes pousses d’amélanchier contiennent des composés phénoliques et des tanins. Pour le cerf, ça donne un goût amer et astringent, beaucoup moins attrayant que celui d’autres plantes riches en sucre ou en protéines comme les érables.
Les cerfs sont très stratégiques dans leur choix de menu. Ils cherchent le maximum d’énergie pour le minimum d’effort. Puisque l’amélanchier offre une valeur nutritive correcte, mais pas exceptionnelle, il est souvent délaissé tant que d’autres options plus rentables sont disponibles.
Les jeunes rameaux des Amélanchiers sont fins, mais relativement fermes, et les feuilles ne sont ni très tendres ni très juteuses. Ce n’est donc pas une expérience alimentaire très satisfaisante pour un cerf.
Les plants d’Amélanchier débourrent assez tôt au printemps, mais pas exactement au moment où les cerfs sont les plus affamés après l’hiver. Quand la pression de broutage est maximale, d’autres plantes plus appétissantes sont déjà disponibles.
Vous trouverez sur notre boutique en ligne 3 espèces indigènes: l'Amélanchier du Canada, l'Amélanchier glabre et l'Amélanchier arborescent.

2. Le chêne rouge
Le chêne rouge possède une forte concentration de tanins, particulièrement dans ses feuilles et ses jeunes rameaux. Pour le cerf, les tanins donnent un goût amer et asséchant.
Les feuilles de chêne rouge sont moins énergétiques, moins nutritives que celles de plusieurs autres essences feuillues comme les érables et le tilleul.
Les jeunes feuilles de chêne rouge deviennent rapidement épaisses et rigides, et ce même au débourrement du printemps. Leur texture coriace les rend donc définitivement moins agréables à mâcher que celles de plusieurs autres arbres feuillus indigènes.
Le chêne rouge débourre un peu plus tard que d’autres espèces très appréciées des cerfs. Quand ses feuilles sont pleinement accessibles, les cerfs se sont souvent déjà rabattus sur d’autres sources alimentaires plus attrayantes dans leur environnement.
Visitez ici notre collection de chênes indigènes du Québec.
3. Épinette blanche (Picea glauca)
Conifère emblématique du Canada, l’Épinette blanche n’est pratiquement jamais broutée par les chevreuils. Sa texture rigide et ses aiguilles pointues et abrasives la rendent peu attrayante, voire même repoussante, pour la bouche et les lèvres sensibles du cerf.
Les aiguilles et les rameaux contiennent des résines et des huiles essentielles très odorantes et très aromatiques. Les chevreuils associent cette odeur forte à des végétaux peu digestibles et la présence de composés chimiques de défense.
Au niveau nutritif, l’Épinette blanche contient peu de protéines, peu de sucres et beaucoup de fibres dures. Aussi, les résines et terpènes contenus dans l’épinette peuvent perturber la digestion du cerf. Même en petite quantité, ces composés peuvent provoquer un inconfort digestif. Les cerfs apprennent vite à éviter ce genre de plante. D’un point de vue énergétique, l’Épinette blanche est donc un très mauvais investissement pour les chevreuils.
En résumé, l’Épinette blanche pour les chevreuils ce n’est pas bon, c’est difficile à digérer et ça ne vaut vraiment pas l’effort! Bonne nouvelle pour les jardiniers qui apprécient cette espèce.

4. Pin rouge (Pinus resinosa)
Les chevreuils évitent généralement les pins pour des raisons très similaires à celles détaillées précédemment pour l’Épinette blanche.
Les aiguilles du Pin rouge sont longues, raides et pointues, ce qui rend la prise en bouche et la mastication inconfortables pour un cerf.
Le pin rouge contient aussi beaucoup de résines et de terpènes qui apportent un goût amer en plus d’être difficiles à digérer. Les aiguilles du Pin rouge sont tout aussi pauvres sur le plan énergétique que celles de l’Épinette blanche.
En cas d’hiver très difficile ou d’un sévère manque de nourriture, les chevreuils pourraient brouter quelques jeunes pousses ou des branches basses accessibles, mais ce serait alors une question de survie et non de préférence.
Cette aversion du Pin rouge pour le cerf de virginie en fait un bon choix pour les projets de haies brise-vent et les reboisements.

5. Sapin baumier
Le Sapin baumier fait partie des conifères que les cerfs de Virginie évitent presque toujours.
Même si elles sont plus souples que celles des épinettes, les aiguilles du sapin baumier restent fermement attachées aux rameaux. Elles sont denses et peu agréables à mâcher.
Le sapin baumier est riche en résines et huiles essentielles aromatiques. C’est ce qui est à l’origine de la bonne odeur de « sapin de Noël » que l’on apprécie tant et qui nous remplit de nostalgie. Pour les cerfs, cette odeur est plutôt associée à un goût amer et des problèmes de digestion à l’horizon. L’odeur est en soi un puissant signal naturel de dissuasion.
Comme pour les Épinettes et les Pins, les mêmes résines et terpènes peuvent ralentir la digestion, réduire l’assimilation des nutriments et causer des inconforts digestifs.

5 Arbustes de choix pour les zones à haute pression de broutage par les cerfs de virginie
Voici maintenant un choix de 5 arbustes qui sont moins intéressants pour les chevreuils. Les dommages résultant du broutage sur des arbustes sont souvent moins catastrophiques que ceux que l’on peut voir sur les conifères et les arbres feuillus. Comme les arbustes n’ont pas de forte dominance apicale et qu’on attend d’eux qu’ils prennent une forme buissonnante un peu irrégulière, une petite croquée par-ci et par-là ne compromet généralement pas leur survie. Aussi, le dommage esthétique est souvent temporaire, la plante va se refaire avec le temps. Mais sur de jeunes spécimens… les conséquences peuvent tout de même être désastreuses!
1. Aronie noire (Aronia melanocarpa)
L’Aronie noire est une championne de la défense chimique. Ses feuilles, ses jeunes rameaux et surtout ses fruits sont extrêmement riches en tanins. Pour le cerf, ça donne un goût très amer et astringent, bien plus intense que chez beaucoup d’autres arbustes.
En plus de ne pas goûter bon, c’est coriace et très peu nutritif. Les cerfs vont en manger, mais en dernier recours.
Peu attrayante pour les chevreuils, cette plante indigène offre en prime pour les jardiniers épicuriens de petites baies noires comestibles à l’automne. C’est aussi un arbuste très rustique et ornemental.

2. Sureau du Canada (Sambucus canadensis)
Les feuilles, les tiges et l’écorce du Sureau du Canada contiennent des glycosides cyanogènes en faible quantité, une substance toxique! Pour le cerf, cela se traduit par un goût mauvais et un grand risque d’inconfort digestif par suite de l’ingestion de cette plante. Les chevreuils ont donc appris à reconnaître le signal chimique envoyé par le sureau et ils évitent instinctivement toutes les plantes associées à ce signal.
Le feuillage du sureau est tendre et pourrait à première vue être très attractif pour le cerf. Cependant, il dégage une forte odeur d’herbe, et son goût est amer. De plus il est très pauvre en valeur nutritive. Ce n’est donc clairement pas le profil végétal recherché par un cerf en quête de la meilleure stratégie alimentaire.
La croissance rapide et le feuillage odorant du Sureau du Canada en font un bon choix d’arbuste pour coloniser des zones sujettes au broutement. Les chevreuils préfèrent l’éviter, surtout en plantation dense. En faire une haie défensive est alors une très bonne stratégie!

3. Gaulthérie couchée (Gaultheria procumbens)
La Gaulthérie couchée est l’une des plantes indigènes les plus évitées par les cerfs de Virginie. C’est presque entièrement dû à sa chimie très particulière.
Cette petite plante de sous-bois produit des feuilles aromatiques à l’odeur prononcée de menthe. Pour un cerf, cette odeur intense est un signal d’alarme immédiat de plante défensive. C’est puissant, persistant et totalement à l’opposé des feuillages doux qu’il recherche.
Même en petite quantité, les feuilles ont un goût piquant, amer et brûlant. Les cerfs ont un odorat et un goût extrêmement développés. Une seule bouchée suffit souvent pour qu’un individu choisisse de bannir la plante de son menu pour le reste de sa vie.
La Gaulthérie est une jolie petite plante d’ombre et même si elle est facilement accessible au sol, elle est rarement broutée. C’est ce qui en fait un excellent choix de plante couvre-sol indigène pour les zones fréquentées par les chevreuils.
Nous espérons pouvoir offrir cette nouveauté en 2026 sur notre boutique en ligne! Inscrivez-vous à notre infolettre ou suivez nous sur nos réseaux sociaux pour être mis au courant!

4. Viorne dentée (Viburnum dentatum)
La Viorne dentée est généralement peu broutée par les cerfs de Virginie, surtout une fois bien établie. Cette résistance repose sur une combinaison de facteurs, dont des défenses chimiques, physiques et un faible intérêt nutritif.
Les feuilles de la Viorne dentée contiennent des tanins et autres composés phénoliques. Pour le cerf, cela se traduit par un goût amer et astringent, et surtout par une moins bonne assimilation des protéines lors de la digestion. Les cerfs préfèrent donc des plantes plus douces et plus « rentables ».
Les feuilles sont désagréables à mastiquer, car elles sont relativement épaisses et peu juteuses. Ce n’est pas le feuillage tendre que les cerfs recherchent, surtout au printemps. La valeur nutritive de la viorne dentée est assez pauvre.
Après quelques essais peu concluants (mauvais goût, digestion inefficace), la Viorne dentée est souvent définitivement évitée par les chevreuils qui ont la mémoire longue lorsqu’il est question de stratégie d’alimentation...
Les cerfs consomment rarement les fruits de la Viorne dentée, car ils vont préférer des fruits plus sucrés. Ces petits fruits vont attirer en revanche une grande variété d’oiseaux dans les jardins où cette plante est intégrée aux aménagements.

5. Spirée blanche (Spiraea alba)
La Spirée blanche est effectivement peu attrayante pour les cerfs de Virginie, et cette résistance repose surtout sur sa chimie et sa faible valeur alimentaire.
Les cerfs n’aiment pas brouter la spirée blanche parce que son feuillage est amer, sa valeur nutritive est faible, ses feuilles sont sèches. L’effort ne vaut pas la récompense.
C’est donc un excellent choix d’arbuste indigène pour les aménagements en zones fréquentées par les chevreuils : florifère, robuste, utile aux pollinisateurs…

Quelques conseils pour éloigner les chevreuils naturellement
Même avec des plantes résistantes, certaines années alors que la pression est accrue, il peut être utile de mettre en place certaines stratégies qui peuvent contribuer à éloigner les chevreuils de nos précieuses plantations. Voici quelques techniques complémentaires pour protéger vos plantations :
1. Utilisez des répulsifs naturels
Les cerfs ont un odorat très développé et vont éviter certains parfums ou substances fortes.
Le café moulu : saupoudré autour des plantations, l’odeur amère repousse souvent les cerfs.
Le marc de café : peut être mélangé au sol ou dans un filet autour des plantes.
Le poivre noir ou piment : saupoudré sur les feuilles (ou dilué dans de l’eau et appliqué en vaporisateur), le goût et l’odeur irritent le cerf.
Les huiles essentielles : menthe poivrée, ail, thym, romarin… quelques gouttes sur des boules de coton ou des chiffons suspendus ou encore appliqués en vaporisateur dilué.
2. Installez des clôtures physiques ou visuelles
Aux grands maux les grands moyens, une clôture de 2,5 mètres de hauteur est la méthode la plus efficace contre les chevreuils. Le seul aspect négatif à cette solution extrême est son cout élevé.
Il existe aussi toutes sortes de filets protecteurs que l’on peut installer sur de jeunes plants d’arbres feuillus pour leur permettre de grandir assez sans se faire brouter la tête. IL est possible de fabriquer soi-même ce genre de protection avec un peu d’imagination et de créativité!
Certains recommandent l’installation de barrières visuelles comme des rubans brillants, des assiettes de métal ou des grelots. D’autres plus pessimistes vont dire que les cerfs s’y habituent rapidement et que l’effort est vain.

3. Jardinez en étages
Le principe du jardinage en étage est simple : il faut disposer les plantes selon leur hauteur et leur fonction, comme dans un écosystème naturel.
- Couche basse : couvre-sol, plantes rampantes, herbes résistantes.
- Couche intermédiaire : arbustes et vivaces plus ou moins hauts.
- Couche haute : arbres et grands arbustes.
Cela crée un jardin en plusieurs niveaux, riche et dense, imitant la forêt ou un sous-bois naturel.
Voici pourquoi les cerfs se tiennent loin de ce type d’aménagement :
C’est difficile d’accès. Dans un jardin en étage : les plantes basses et sensibles peuvent être protégées par des arbustes ou conifères plus hauts et denses. Par exemple : un petit érable ou des fleurs vivaces sont encerclés par des viornes, sureaux ou conifères que les cerfs n’aiment pas. Le cerf doit franchir des barrières naturelles, ce qui est souvent dissuasif.
Le masquage visuel est dissuasif pour les cerfs. Ces animaux sont prudents et évitent les zones où ils ne voient pas bien leur environnement. Un jardin dense en plusieurs étages réduit la visibilité, leur donnant une impression de risque de prédation. Les plantes répulsives en strate intermédiaire ou haute (sapin, épinette, viorne) vont augmenter cet effet.
La complexité structurelle d’un jardin en étage imite la structure de la forêt. Cette complexité réduit les zones accessibles et ouvertes, là où les cerfs préfèrent brouter facilement en paix. Les cerfs aiment avoir une vue dégagée pour surveiller ce qui se passe autour d’eux.

4. Variez les textures et les odeurs
Varier les textures et les odeurs dans un jardin est une méthode très efficace pour dissuader les Cerfs de Virginie.
Les cerfs ont un odorat extrêmement sensible. Certaines plantes ou certains produits naturels émettent des odeurs qu’ils trouvent désagréables. Les plantes résineuses comme le Sapin baumier, l’Épinette et le Pin rouge dégagent une odeur forte et persistante toute l’année. Certaines plantes aromatiques comme la menthe, le romarin et l’ail ont un goût piquant qui repoussera les chevreuils assez efficacement. Certaines plantes ont des fruits ou des feuilles riches en tanins qui leur procurent un goût amer et une odeur astringente repoussante.
Les cerfs vont assimiler les fortes odeurs à un danger, un goût mauvais ou une digestion difficile. En entrecoupant les espèces plus vulnérables avec des plantes résistantes, cela réduit la tentation pour les chevreuils.
Créer un aménagement durable malgré les chevreuils : mission possible
Vivre près des bois au Québec, c’est accepter de partager son jardin avec les Cerfs de Virginie. Ces bêtes élégantes sont certainement un élément bucolique des paysages de nos campagnes québécoises, mais elles sont aussi une véritable menace pour nos jeunes pousses.
Heureusement, la nature généreuse offre ses alliés naturels dont quelques exemples sont détaillés dans cet article: des plantes indigènes résistantes au broutage.
En jouant avec les textures, les odeurs et les strates végétales, on peut créer un jardin vivant, harmonieux et résilient, où la beauté cohabite avec la faune et où chaque plante peut s’épanouir en paix, comme dans une forêt enchantée.
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Article rédigé par Audrey Rondeau, Biol., M. Env. et Directrice de production et développement, Pépinière Vert Forêt
