Au cœur de l’été, les arbres, les arbustes, les conifères et les vivaces sont encore bien verts et semblent parfois en pleine croissance. Pourtant, à l’approche du mois d’août, un changement important commence à s’opérer. Même si l’automne paraît encore loin, au Québec, les végétaux rustiques amorcent progressivement leur préparation pour la saison froide.
C’est pourquoi il est généralement recommandé de réduire la fertilisation des feuillus, particulièrement les apports importants en azote, à partir du mois d’août. L’objectif n’est alors plus de stimuler ou de soutenir la croissance, mais plutôt de permettre aux végétaux de compléter leur développement et de bien se préparer à l’hiver.
Au fait, que se passe-t-il exactement chez les végétaux à l’approche de la fin de l’été? Voyons cela de plus près.
Quel est le rôle de l’azote?
L’azote est l’un des principaux éléments nutritifs dont les plantes ont besoin. Il joue notamment un rôle important dans la production de chlorophylle et dans le développement des feuilles et des nouvelles pousses.
Au printemps et au début de l’été, cette stimulation est généralement souhaitable. Les jours sont longs, les températures sont favorables et la plante dispose de plusieurs semaines pour développer ses nouvelles pousses.
À la fin de l’été, la situation est différente.
Un apport important d’engrais riche en azote peut encourager la plante à poursuivre ou à produire une nouvelle croissance végétative alors que la saison commence à tirer à sa fin. Ces jeunes tissus peuvent alors manquer de temps pour atteindre une maturité suffisante avant l’arrivée du froid.
En août, les plantes commencent déjà à se préparer pour l’hiver
Les plantes vivaces ligneuses ne commencent pas à se préparer pour l’hiver à la première gelée. Le processus débute bien avant.
À mesure que les journées raccourcissent et que la saison avance, plusieurs arbres et arbustes ralentissent progressivement leur croissance. Les nouvelles pousses cessent de s’allonger, des bourgeons se développent et les tissus produits durant la saison commencent à devenir plus rigides. Chez les arbres et arbustes, on parle notamment d’aoûtement pour décrire la maturation et la lignification des jeunes pousses. Les tissus deviennent progressivement plus résistants et mieux préparés aux températures froides.
Une fertilisation azotée excessive ou trop tardive peut aller à l’encontre de cette transition.

Photo: Érable rouge en août. A: Bourgeons du printemps à venir ; B: Jeune pousse de l'année, en train de se lignifier ; C: Tige de l'année précédente. (Arbresenligne.com)
Pourquoi les jeunes arbres et arbustes demandent-ils une attention particulière?
Cette précaution est particulièrement pertinente pour les jeunes plantations.
Lorsqu’un petit arbre ou arbuste vient d’être planté, l’objectif principal devrait être de favoriser son établissement plutôt que de chercher à obtenir une croissance aérienne maximale le plus rapidement possible. C'est pourquoi, les engrais d'enracinement ont une formulation riche en phosphore plutôt qu'en azote. Le phosphore soutient le développement racinaire, alors que l'azote stimule globalement le développement de nouvelles tiges.
Retenez que la première année suivant la plantation d'un arbre ou d'un arbuste, un arrosage adéquat est généralement beaucoup plus important que de fertiliser, particulièrement durant les périodes chaudes et sèches de la fin de l’été.
Et les conifères?
Le même principe s’applique aux conifères comme les épinettes, les pins, les sapins, les cèdres et les mélèzes.
Même s’ils ne montrent pas toujours les changements saisonniers aussi clairement que les arbres feuillus, les conifères doivent eux aussi compléter la maturation de leurs nouvelles pousses avant l'arrivée de l’hiver.
À compter de juillet, une fertilisation azotée importante n’est donc généralement pas souhaitable. Pour les conifères nouvellement plantés, il est préférable de porter une attention particulière à l’humidité du sol afin qu’ils puissent poursuivre leur établissement sans subir de stress hydrique.
Faut-il complètement arrêter de fertiliser en août?
Pas nécessairement.
Il faut faire une distinction entre réduire les fertilisations azotées destinées à stimuler la croissance et considérer que tout apport nutritif devient automatiquement nuisible dès le 1er août.
L'effet de la fertilisation dépend notamment du végétal, du type d’engrais utilisé, de sa concentration, du sol et des conditions de culture. Les engrais ne contiennent pas non plus tous les mêmes proportions d’azote, de phosphore et de potassium.
La recommandation la plus simple pour le jardinier est donc d’éviter, à partir de la fin de l’été, des applications importantes d’engrais riches en azote destinées à provoquer une nouvelle poussée de croissance.
Dans un jardin bien établi, il n’est d’ailleurs pas nécessaire de fertiliser systématiquement les arbres et arbustes. Un sol adéquat, l’ajout de matière organique et un paillis organique contribuent au maintien de bonnes conditions de croissance.
Qu’en est-il des vivaces?
Pour les vivaces, le principe général demeure semblable : à l’approche de la fin de la saison, on ne cherche pas à stimuler une croissance végétative abondante.
Les besoins varient toutefois beaucoup d’une espèce à l’autre. Certaines vivaces sont naturellement gourmandes alors que d’autres poussent très bien dans des sols relativement pauvres.
Une fertilisation excessive peut même avoir des effets indésirables chez certaines espèces : croissance trop tendre, plants moins compacts ou tiges qui s’affaissent sous leur propre poids.
Encore une fois, davantage d’engrais ne signifie pas nécessairement une plante en meilleure santé.
Que faire plutôt que de fertiliser en août?
La fin de l’été est un excellent moment pour concentrer ses efforts sur les soins qui aideront réellement les végétaux à terminer leur saison dans de bonnes conditions.
Surveiller l’arrosage
Portez une attention particulière à l’arrosage des arbres, arbustes et conifères plantés récemment. Un sol qui demeure adéquatement humide favorise le développement des racines et limite le stress hydrique.
Maintenir une couche de paillis
Le paillis aide à conserver l’humidité du sol, limite la compétition des mauvaises herbes et protège les racines contre les variations importantes de température.

Éviter de stimuler inutilement de nouvelles pousses
La fin de l’été est davantage une période de maturation que de croissance accélérée.
Observer avant de fertiliser
Une coloration inhabituelle ou une croissance faible ne signifie pas automatiquement qu’un végétal manque d’engrais. Par exemple, un problème d’arrosage, de drainage, de pH, de sol ou d’enracinement peut produire des symptômes semblables.
En résumé: en août, on accompagne plutôt qu’on stimule
Au printemps, nous cherchons souvent à donner un bon départ aux végétaux. À la fin de l’été, notre rôle change progressivement.
Pour les arbres, les arbustes, les conifères et plusieurs vivaces adaptés au climat québécois, le mois d’août marque le début d’une transition importante vers l’automne. Réduire les apports d’engrais riches en azote permet de respecter ce rythme naturel et d’éviter de stimuler inutilement une croissance tardive.
Pour les jeunes plantations en particulier, mieux vaut alors miser sur un arrosage adéquat, une bonne gestion du paillis et des conditions favorables à l’enracinement.
Parfois, le meilleur soin à apporter à une plante n’est pas de la pousser à croître davantage, mais simplement de lui permettre de bien terminer sa saison.
Article rédigé par Suzanne Simard rédactrice spécialisée en horticulture et diplômée comme technologue en horticulture et par Audrey Rondeau, Biol., M. Env. et Directrice production et développement, Pépinière Vert Forêt; avec le soutien rédactionnel de l'IA.
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